Après avoir lu quelques billets sur la présentation et le design
* des eBooks, on s'aperçoit que deux logiques différentes coexistent:
- + le lecteur "averti" (ou l'auteur) de l'ouvrage qui va vouloir avoir quelque chose de beau, bien présenté ayant reçu un soin identique au PDF imprimeur pour la présentation
- + l'éditeur qui certes ne souhaite pas mettre en ligne un ouvrage mal mis en page, mais est d'accord sur des compromis afin de mettre en vente le plus grand nombre d'ouvrages possible au
moindre cout
Du point de vue du producteur de l'ebook (qui, il faut le rappeler et très rarement l'éditeur mais plutôt un sous traitant), les coûts de production d'un ouvrage tel que le souhaiterait le
lecteur "averti" comparés à ceux de l'ouvrage que va faire réaliser l'éditeur peuvent aller du simple au quadruple si la source de la conversion en eBook est un PDF, voir dix, vingt, trente fois
plus si la source est un XML.
Contrairement à ce que l'on peut lire ça et la, très peu d'éditeurs sont réellement XML first, le résultat est qu'ils ont en stock peu de XML et beaucoup de PDFs. Par conséquent les campagnes de
conversion de catalogues sont très chères (de plusieurs dizaines de milliers d'euros à plusieurs centaines de milliers d'euros suivant la complexité des ouvrages pour un catalogue de 1000
ouvrages).
D'ou la recherche de compromis car ils ne sont pas sur du retour sur investissements pour l'instant.
Le modèle économique actuel est difficile à cerner, même pour les éditeurs.
En effet comment va évoluer la consommation du livre? L'acheteur va t il acheter un eBook à la place d'un livre papier ou la vente d'eBook va venir s'ajouter à la vente papier.
Dans le premier cas peu de chance de voir le prix de l'eBook baisser (la production en elle même de l'ouvrage est marginale comparée aux autres coûts de l'éditeur (pub, marketing, droits etc..)),
dans le second cas c'est plus envisageable, le bénéfice de l'eBook étant un bonus à la vente papier.
De la réponse à cette question découlera toutes les autres.
Si la réponse est un eBook à la place d'un livre papier, alors le prix ne baissera pas mais les chaînes de production des éditeurs vont se tourner vers du XML first orientés eBooks. Le résultat de
l'eBook sera alors proche en qualité de ce que l'on peut voir dans l'edition papier.
Si la réponse est que l'eBook vient en complément du papier, alors vouloir comparer eBook et version papier risque de devenir illusoire car dans ce cas l'editeur aura les moyens de développer un
contenu réellement "électronique" avec du referencement croisé à travers le net, du multimedia, des technos de mashup etc..
La conclusion est que de toutes les manières le rendu des eBooks devra changer dans les mois qui viennent. En revanche les billets rageurs tels que ceux de François Bon risquent de perdurer encore
quelques temps car les éditeurs s'ils ne veulent pas rater le coche doivent absolument convertir en masse au prix de compromis stylistiques afin de créer un fond.
La solution viendra peut être, comme on commence à l'entendre, de la possibilité pour l'éditeur de faire reprendre les titres à forte ventes pour réaliser un upgrade de la mise en forme après la
conversion. A suivre...
*(sur
TeXtes, "Pistes numériques : est-ce que le design a de l’importance dans la
distribution numérique ?" (billet d’Andrew Brenneman dans Book Business), ou le billet d'humeur de François Bon sur
tierslivre.net)
Par ailleurs, la très grande majorité de la littérature (si ce n'est pas 100%) est aujourd'hui composée en XML natif, dans des logiciels de composition tels que Oasys ou 3B2, et ce depuis plusiuers années. Cet XML est aujourd'hui essentiel, puisque c'est le format le plus adapté pour une conversion vers de l'epub, qui est en fait du XHTML. Les coûts sont beaucoup plus réduits depuis le XML que depuis un PDF, contrairement à ce que vous dites, puisque dans le cas d'un PDF en entrée, toute la structuration et le balisage sont à refaire.
Enfin, je vous rappelle qu'il existe des subventions importantes pour les éditeurs pour la numérisation ou la conversion de leurs ouvrages. Les coûts sont donc finalement beaucoup moins excessifs qu'il n'y paraît.
1) Les Editeurs : Je ne mets surtout pas les éditeurs en cause, au contraire, je suis bien conscient des défis auxquels ils sont confrontés et de la difficulté d'y répondre alors que le modèle économique, les formats, les attentes ne sont pas encore fixés. Je ne sous estime pas en revanche les manques et faiblesses des readers actuels
2) Les coûts : Quand je dis que les coûts de reprise d'un ePub sont du simple au quadruple sur du source PDF et du simple à fois dix ou vingt sur du XML je ne compare pas le prix de ces deux sources entre eux mais le coût de l'ouvrage "upgradé" versus le coût de l'ouvrage sortie brute de conversion. En effet la conversion d'un XML en ePub est aux alentours d'une petite dizaine d'euros, alors qu'elle sera aux alentours de 60 à 100€ pour une source PDF. Par conséquent ajouter 50 ou 60€ de reprise multiplie le prix de la conversion PDF par deux alors que celui du XML est multiplié par 10.
3) Le XML : Certes la très grande majorité de la production actuelle est en XML, mais la production des 5/10 dernières années est elle le plus souvent en PDF. Enfin les XML suffisamment finement structurés pour faire de bons ePubs ne sont pas légion (cf certaines conversions récentes)